Au IVe siècle de notre ère, le sage indien Patanjali a consigné cette sagesse ancestrale dans ses Yoga Sutras (fil conducteur), décrivant la pratique du yoga comme un chemin vers la libération de nos conditionnements intérieurs (moksha). Il décrit cette discipline en huit membres ou huit étapes, connus sous le nom d'Ashtanga Yoga. Ces huit « branches » sont une mosaïque de conseils subtils et de vérités universelles et montrent comment atteindre l’état de samâdhi (union spirituelle) mêlant conscience et silence intérieur, où la pensée devient une mer calme reflet du cosmos ou du Divin absolu (Brahman).
Tel un jardin secret, les huit membres du yoga dévoilent une discipline complète et nécessaire pour atteindre l'objectif du yoga :
Yama (l'équilibre), niyama (les qualités), asanas (l'assise), pranayama (la respiration fluide), pratyahara (l'intériorisation), dharana (la concentration), dhyana (la méditation), et samadhi (libération et réalisation), comme autant de clés pour ouvrir la porte de la paix intérieure.
Les huit membres du yoga se répartissent en quatre grands axes, comme les branches d’un arbre, chacun participant à l’harmonie essentielle pour atteindre l’objectif ultime du yoga :
- I. Les fondamentaux
- Préparation à la méditation
- L'intériorisation
- L'éveil spirituel
I. Les fondamentaux
1er membre. Les Yamas : équilibre extérieur
Au cœur du yoga se trouve une démarche éthique silencieuse mais puissante, un code de conduite qui guide nos relations avec le monde exterieur. Ces principes, appelés Yamas, incarnent des valeurs universelles telles que :
- Ahimsa, la non-violence.
- Satya, la vérité
- Asteya, la non-cupidité
- Brahmacharya, la modération
- Aparigraha, le non-attachement
Ils agissent et orientent notre comportement vers la bienveillance et la sincérité, comme autant de phares qui illuminent le chemin de notre évolution intérieure.
2ème membre. Les Niyamas, qualités intérieures
Les Niyamas complètent la démarche des yamas en invitant à l’auto-discipline intérieure. Ils encouragent le développement de qualités telles que :
- Shausha évoque la pureté, la clarté. On peut associer Shausha à la qualité d'énergie ou qualité de présence que nous réveillons lors de la pratique posturale du yoga contemporain (hatha-yoga), des techniques de respiration (pranayama) et de la relaxation profonde.
- Santosha, le contentement. Santosha est bien plus qu’une simple acceptation passive de ce qui est. C’est un état de gratitude et de paix intérieure, une invitation à trouver la joie et la plénitude dans l’instant présent, quelles que soient les circonstances extérieures.
- Tapas, la volonté. Une pratique assidue et soutenue est au coeur de tout le yoga. Ce terme sanskrit se traduit souvent par "ardeur", "discipline" ou encore "austérité", mais il va bien au-delà de ces notions. Tapas est une force qui alimente notre volonté de transformation, en cultivant notre énergie et en concentrant notre attention.
- Svadhyaya, l'étude de la sagesse intérieure. Nous avançons dans la connaissance de nous-mêmes avec l'éclairage des textes anciens qui nous éclairent comme des joyaux qui reflètent la lumière éternelle, toujours présente.
- Ishvarapranidhana, la confiance en Dieu ou en l’Âme universelle. Le pratiquant s’engage ainsi dans un travail intérieur visant à nourrir la sérénité et l’éveil spirituel, permettant à la sagesse qui sommeille en lui de s’épanouir pleinement.
II. Préparation à la méditation
3ème membre. Asana : Le fait de s'asseoir ou la manière d'être assis
Asana renvoie à une position particulière que le corps doit tenir pour atteindre l'état contemplatif, c'est une assise au pied du Seigneur disent les sages de l'Inde. Il ne s'agit donc pas ici d'un ensemble de postures destinées à faire circuler l'énergie, comme nous le pratiquons lors d'un cours. À l'origine, le yoga se limitait à la posture de méditation, qui repose sur une assise à la fois stable et confortable. Dans cette position, le corps doit devenir un espace heureux, un véritable temple de stabilité qui prépare le terrain du voyage intérieur, la méditation.
4ème membre. Pranayama : Respiration consciente
Une assise du corps physique à la fois stable et confortable, alliée à une respiration douce, fluide et étirée, aide l’esprit à se recentrer et à s’abandonner au silence intérieur.
III. L'intériorisation
5ème membre. Pratyahara : Le retrait des Sens
Après avoir installé le corps en harmonie avec une respiration calme et étirée, cette cinquième étape représente une voie de retrait des sens, du détachement ou du lâcher-prise, invitant le méditant à se tourner de plus en plus vers son espace intérieur.
6ème membre. Dharana : La Concentration
La sixième étape , Dharana, succède à la cinquième, et consiste à rassembler toute notre attention intérieure sur un seul objet. C’est comme orienter une lumière vers un point précis afin d’éviter qu’elle ne se disperse. En dirigeant, par exemple, notre attention vers un mantra, une divinité ou la respiration profonde, nous ancrons l’esprit dans un seul lieu, renforçant ainsi notre stabilité mentale — à l’image d’un marin ajustant sa voile pour capter le vent du changement. Cette concentration ciblée doit toujours s'effectuer dans un esprit dépourvu d'ego ou de tension, afin de créer un environnement propice à une intériorisation plus profonde ou sacrée, permettant à l'esprit de demeurer fluide et clair face aux distractions mentales.
7ème membre. Dhyana : La Méditation
De la concentration émerge la méditation silencieuse, un espace où la conscience devient de plus en plus fluide et sans frontières. Dans cet état méditatif, l'esprit s'harmonise avec son objet de concentration, laissant de plus en plus le silence intérieur l'instruire et l'amener progressivement vers l'unité fondamentale, semblable à une rivière qui se joint lentement à l'océan.
IV. L'éveil spirituel
8ème membre. Samadhi : L’Union, la Fusion
Le "Samâdhi" désigne un état de méditation profonde dans lequel l’absorption totale est atteinte, entraînant la libération de l’égo et la fusion de l’esprit individuel avec la conscience universelle (Atman). C’est l’objectif ultime du yoga, où la goutte (le méditant) devient l’océan lui-même, se fondant dans l’infini (Brahman) et effaçant toute distinction entre le sujet et l’objet. Patanjali décrit le Samâdhi comme cet état où « toute activité mentale cesse, permettant à l’observateur de se fondre dans la vaste conscience, où tout est divin ». Il s’agit de la libération (kaivalyamukti) et de la réalisation ultime, celle de l’unité profonde entre l’âme individuelle avec l’âme universelle ou tout est Dieu (notre nature profonde).
Conclusion : La Divinité cachée
À travers ses enseignements millénaires, le yoga se révèle donc comme un voyage sacré entre l’âme et l’univers, une voie lumineuse qui guide chaque individu vers la plus haute paix. A l'image d'une étoile illuminant la nuit, il dévoile la Divinité cachée (notre vraie nature) qui réside dans le corps de chacun de nous, vers l’harmonie profonde et infinie qui unit tout ce qui existe.
